Marnay à 2000 km de Compostelle

À vol d’oiseau, et à en croire Google Earth, 1 232 km séparent Marnay de Saint-Jacques-de-Compostelle. Simple mais peu utile pour le pèlerin-randonneur. Quelques sites calculent pour nous, très facilement aussi, des itinéraires voiture pour aller de Marnay à Santiago. La plupart tracent une diagonale pour rejoindre Biarritz et longer la côte atlantique en Espagne. Selon les sites, selon que l’on demande autoroutes ou pas, le plus rapide en temps ou le plus court en distance, Marnay est annoncé à 1 595, 1 602 ou 1 760 km par Via Michelin, tandis que Iui propose 1 562 ou 1 647 km. Sur ces sites, on peut demander « itinéraire piétonnier »… mais que nenni, le calculateur y perd son latin et nous annonce tout bonnement que « Les itinéraires piétons ne sont pas disponibles pour des trajets aussi longs. Essayez plutôt d’obtenir un itinéraire routier. » et ce, y compris sur les sites spécialisés marche, course ou trail, comme par exemple Openrunner.

Alors, amis pèlerins-marcheurs, il faut croire ce panneau qui vous dit que Santiago est à 2 000 km. N’importe quel scientifique dirait et la marge d’erreur ? Je dirais ± 50 km, puisque c’est l’écart entre deux guides sur le tracé Le Puy>Santiago : mini 1 462 km et maxi : 1 520 km. Mais laissez plutôt les vieux briscards de l’Af-ccc vous conter leurs décomptes !

Nous vous parlons d’un temps où, sur ce chemin de pèlerinage pour le GR65, ne faisaient foi que deux ouvrages en France : le topoguide FFRP et le guide de Rando-Éditions. Pour la partie espagnole (Camino Frances) nous avons suivi deux guides espagnols et celui en français Rando-Éditions. C’est là que le bât blessa… pour nous marcheurs, 10 km c’est une demi-journée de marche tandis que pour les auteurs d’ouvrages plus ou moins mis à jour, c’est si peu important sur la durée. Bref, nous nous sommes arraché les cheveux à compter et recompter, étape par étape, ce que nous contaient les guides. Nous n’arrivions jamais aux mêmes résultats, pour peu que l’on apprenne qu’en tel lieu, le chemin avait changé, qu’ici il était détourné pour cause d’autoroute, et que là on gagnait soudain une réduction de 5 km du fait d’une ligne LGV qui avait offert un pont en dédommagement.

Depuis longtemps la Galice a offert aux pèlerins un décompte kilométrique matérialisé par une borne tous les 500 m, dès l’entrée en Galice en arrivant au Cebreiro

Sans aucun doute ces bornes sont fausses car depuis les années 2000 l’arrivée à Santiago a été complètement modifiée à l’occasion de la visite du Pape et aussi pour contourner l’aéroport. Même la jolie borne « Santiago 14 km » doit dire faux désormais, car elle date d’avant les travaux. Est-ce vraiment important ? Elle reste l’un des symboles emblématiques du chemin, et vraie ou fausse, elle est largement photographiée pour saluer le bout du bout de nos chemins.

Le pèlerin avec guide papier ou GPS avance pas à pas, étape par étape, et se donne chaque jour son kilométrage annoncé, puis réel. Il a parfois la surprise d’une petite remise de pas, ou le désagrément d’une rallonge, sans compter les raccourcis improvisés qui finalement vous rallongent la route !

En Béarn, un peu avant Arzacq-Arraziguet (64), à la ferme de Loustaou, une sculpture imposante dans un jardin privé côtoie une pancarte monumentale qui nous annonce « Compostelle 924 km ». C’est certainement faux mais ça fait du bien d’imaginer qu’on a fait la moitié de son chemin quand on est parti de Franche-Comté par exemple.

Sur le GR65, l’Europe et la Fédération française de Randonnée ont financé il y a quelques années de très beaux poteaux décomptes kilométriques en bois. Renseignement pris, la FFR ne finance plus ce genre de marques car définitivement impossible de gérer et de garantir que la borne « Santiago 1 423 km » ne sera pas demain ou l’an prochain au km 1 429 ou 1 397…

 

C’est vrai que le mode de gestion des chemins de Compostelle sans cesse en mutation comme tous les chemins de randonnée convient peu au décompte kilométrique qui figerait le chemin. Il n’empêche que, à l’instant T où nous avions fait les calculs (novembre 2004), les guides Rando-Éditions donnaient 1 460 km entre Le Puy-en-Velay et Santiago. À l’époque, le Guide Chamina donnait 314 km entre Cluny et le Puy-en-Velay. L’association bourguignonne et celle de Franche-Comté donnaient des kilométrages que nous avons reportés scrupuleusement dans nos tableurs… Et sans triche aucune nous arrivions à Marnay 1 999,429 km… On nous pardonnera l’arrondi !

Tout a changé depuis, itinéraire bourguignon, celui de Franche-Comté, sans doute de nombreuses modifications sur le GR 65 et sur le Camino Frances. Pour avoir visité telle église plutôt que telle autre, vous ne ferez pas le même kilométrage que votre voisin qui cherchait un magasin d’articles de randonnées. Chaque soir vous continuerez à faire scrupuleusement le décompte de vos kilomètres, les vrais, ceux que vous avez dans les jambes. Gageons que vous vous souviendrez qu’à Marnay, petite cité comtoise de caractère, vous étiez seulement (ou déjà selon votre point de départ) à 2 000 km de Santiago.

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