Mai 2026 se présentait froid et très pluvieux au point que la neige avait refait son apparition. Cette météo déplorable, cumulée avec les traditionnels « viaducs » du mois, ne présageait donc pas d’une grande participation à la randonnée des balcons du Doubs !
Belle surprise : De Marie-Thérèse qui s’était élancée de très bonne heure de Besançon à Guy qui pointait sur le parking de l’Intermarché de Saint-Hippolite à 8 heures 59 minutes 23 secondes, nous voilà sept courageux marcheurs fin prêts à affronter les éléments …
En mai, fais ce qu’il te plait : C’est dans une ambiance bonne enfant que notre groupe prend le chemin à 9 heures alors que la brume matinale se lève pour laisser place à un doux soleil inespéré qui ne nous quittera plus de la journée.
Notre chemin, le GR du tour du Pays de Montbéliard, remonte doucement la vallée du Doubs en sous-bois :
Aux Seille et sa cascade de tuf : L’eau qui ruisselle du plateau s’est fortement chargée en calcaire ; ce calcaire, qui précipite sous les actions combinées des mousses, des algues, de l’agitation et d’autres facteurs physico-chimiques, donne cette roche sédimentaire poreuse et légère, le tuf, utilisé dans la construction.
La Grosse Roche : Une magnifique vieille ferme, perdue au milieu de nulle part et malheureusement bien abandonnée.
Nous nous dirigeons maintenant vers la falaise et la côte se fait plus raide.
La belle cascade de tuf en aval de la résurgence du Serpent Blanc (résurgence que nous découvrirons plus tard) dont les eaux alimentaient le moulin aujourd’hui en ruines.


Nous empruntons l’étroit chemin non repéré qui grimpe fortement à la grotte du Château de la Roche dont nous allons bien explorer tous les recoins !
La grotte du Château de la Roche :
Nous entrons dans cette grotte d’un développement de quasiment 2 km par un immense porche de 50 m de hauteur, 23 m de largeur à son entrée et 60 mètres de long, qui a servi d’abri depuis le néolithique.







Le château de La Roche a été construit par les Comtes de la Roche à l’entrée de ce porche vers le XIIe siècle.
La résurgence du Serpent Blanc :
La galerie de la grotte s’ouvre sur un court passage bas, qui s’élargit et aboutit après 120 m à une rivière souterraine après une descente raide et glissante. Cette rivière débouche à la résurgence du Serpent Blanc après avoir franchi, sur 80 m, un petit laminoir et des siphons.
Nous accéderons à cette résurgence du Serpent Blanc après l’exploration de la grotte, par un étroit sentier longeant le pied de la falaise.
Le château De La Roche fermait la vaste grotte qui, elle, pouvait abriter une importante population. Il comprenait deux bâtiments, séparés par une cour et un fossé :
- Le premier bâtiment, flanqué de deux tours rondes, mesurait trois mètres de largeur et fermait complètement l’entrée de la grotte.
- Le second bâtiment d’une largeur de six mètres comptait quatre pièces et formait le corps principal de l’édifice. Une échelle partait d’une ouverture dans le toit et permettait de gagner directement le poste de guet, placé à gauche de l’entrée, à une trentaine de mètres du sol.
En 1675, durant le règne de Louis XIV, après le rattachement de la Franche-Comté à la France, le château fut rasé comme de nombreux autres dans la région.
Aujourd’hui il ne reste quasiment rien de la première muraille en dehors de quelques pierres de l’écurie située plus en aval.
La grotte et la résurgence du Serpent Blanc ont donné naissance à une légende :
Le château était habité par un vieux comte et ses deux filles Ermantrude et Ariane.
Quelques temps après son mariage, Ermantrude demanda à son père l’autorisation d’aller vivre au château de Châtillon (sur la commune actuelle des Terres-de-Chaux). Le vieux comte accepta à regret, mais ne supporta pas la séparation et tomba malade de chagrin.
Le médecin du comte de Montbéliard, affirma que « la cause du mal du comte était la présence au fond de la grotte, d’un serpent venimeux, et que tant que ce serpent vivrait, le comte dépérirait ». Aucun serpent blanc ne fut jamais observé dans la grotte pourtant bien surveillée !
Constatant que la santé du comte s’améliorait de jour en jour (sûrement grâce au retour de sa fille), l’archer Jeannelet déclara avoir tué le serpent blanc en présentant à tous une grosse couleuvre décolorée.
Les chauve-souris dans la grotte du Château de la Roche :
Tout comme le faucon pèlerin et l’hirondelle de rocher dans les falaises, la chauve-souris est une espèce menacée, protégée et vulnérable, dans la grotte :
- De début novembre à mi-mars elle entre progressivement en léthargie en l’absence de proies (insectes) et devient alors très fragile : s’interdire tout dérangement de l’animal.
- En juin et juillet, les femelles se regroupent pour mettre bas leur unique petit de l’année : s’interdire tout dérangement de la colonie sous peine d’échec de leur reproduction.
D’importantes colonies s’abritent dans les grottes au printemps et à l’automne, que la présence de l’être humain peut perturber.
Le chemin que nous empruntons désormais monte franchement sur le plateau, à travers forêts et prairies …
À l’approche de midi, affamés, épuisés, nous convenons de profiter d’un replat en forêt pour reprendre notre souffle et, surtout, dévorer notre repas tiré du sac !

Reposés, repus, nous reprenons gaillardement notre randonnée sur les Balcons du Doubs, qui nous offrent les belvédères vertigineux, dominant le Doubs et Saint-Hippolyte, et au loin, le Dessoubre et les Franches Montagnes…
C’est tout au bout de ces falaises que nous arrivons à la Grotte du Bisontin et l’arche de Liebvillers.
La Grotte du Bisontin et l’arche de Liebvillers :
Un grand abri sous roche, de 80 m de largeur et plus de 30 m de profondeur est à l’origine de cette arche de Liebvillers : La voute de l’abri s’est effondrée sous l’action de l’érosion bien avant l’apparition de l’homme dans la région, dégageant cette arche dont la hauteur, une dizaine de mètres, correspond à la hauteur sous l’arche actuelle.
Cet abri, qui portait initialement le nom de grotte des « Beaumes-Berceau », a été occupé durant l’aurignacien (vers 25 000 av. J.-C.) et durant le magdalénien (vers 12 000 av. J.-C.). Il aurait servi de cachette à un contrebandier surnommé « le Bisontin » pour y cacher sa marchandise en transit entre la Franche-Comté et la Suisse.
Nous revenons sur Saint-Hippolyte en bas de la falaise par un magnifique chemin forestier, que les nombreux ruisseaux venus du plateau calcaire inondent par endroits.
Passés Rosières, nous nous descendons à la Chapelle Notre Dame Du Mont puis rejoignons la ville via le belvédère.
Chapelle Notre Dame Du Mont :
Cette chapelle, qui surplombe Saint-Hippolyte, est un lieu de vénération à la Vierge depuis plus de cinq siècles.
La légende de François de la Palud (XVe S) : François de la Palud (+ 1456), opposé aux troupes du roi de France, assiégé à Dole par les armées de Louis XIII et fait prisonnier, a été miraculeusement libéré après avoir invoqué Notre-Dame. En signe de reconnaissance, il a offert une statue de la Vierge à Saint-Hippolyte.
La chapelle est construite au XVIe siècle pour abriter cette Vierge.
Une vénération décuplée quand, en 1595 des mercenaires dévastant la Franche-Comté furent noyés dans un épais brouillard en essayant d’attaquer Saint-Hippolyte. Entendant beaucoup de bruit en contrebas, ils crurent la ville bien défendue.
Les habitants attribuèrent leur sauvegarde à Notre-Dame du Mont, ce qui accrut leur reconnaissance.
Une vénération pendant les guerres du vingtième siècle : Le 19 juin 1940, lors de l’attaque des troupes allemandes contre Saint-Hippolyte, la Chapelle reçut un obus incendiaire : la nef et le clocher furent la proie des flammes. Celles-ci s’arrêtèrent à la grille du chœur. La statue et ce qui l’entourait furent miraculeusement protégés.
Ainsi, 1500 pèlerins vinrent de toutes les paroisses du Canton le 22 avril 1946.
Nous voilà maintenant sur le belvédère qui domine la ville de Saint-Hippolyte, que nous pouvons apprécier.
Saint-Hippolyte :
Les premiers habitants de Saint-Hippolyte se sont établis au pied de la grotte de la Roche avant le XIe siècle.
Saint-Hippolyte, qui s’est développée au moyen-âge à la confluence du Doubs et du Dessoubre, compte de l’ordre de 1 000 habitants depuis plus de deux siècles.
La ville fut la capitale du Val-d’Ajoie (Pays de Porrentruy) et de la Franche-Montagne (entre Doubs et Dessoubre), plus tard chef-lieu de district, puis sous-préfecture du département du Doubs avant le rattachement à ce département de Montbéliard.

L’ancien couvent des Ursulines du XVIIe siècle :
A partir de 1618, les Ursulines se consacrent gratuitement à l’instruction des jeunes filles, donnent des cours d’adultes et forment des enseignantes.
La communauté comprenait 23 religieuses et 10 laïques avant la Révolution française.
Le bâtiment est déclaré bien national en 1789. La communauté doit quitter le couvent en 1792, le mobilier du couvent et de la chapelle étant vendu aux enchères. Le bâtiment abrite alors la gendarmerie et la prison, puis la sous préfecture et le tribunal d’arrondissement jusqu’à leur transfert à Montbéliard.
La ville de Saint-Hippolyte achète le couvent au département en 1837.
Une partie de la population trouvera refuge dans ses caves lorsque la ville est bombardée le 19 Juin 1940.
Le couvent abrite actuellement l’école primaire et plusieurs logements.
L’église paroissiale :
L’église paroissiale, ancienne collégiale, mentionnée dans une charte de l’an 1040, fut agrandie XIVe siècle.
En 1685, la tour gothique, victime d’un incendie, fut remplacée par ce clocher massif.
Vers 1820, la voûte de la grande nef, qui menaçait ruine, fut démolie et remplacée par une voûte de bois en plein cintre.
Cette église a accueilli de 1418 à 1452 le Saint-Suaire (le linceul qui enveloppa la dépouille mortelle du Christ), aujourd’hui exposé à la chapelle royale de Turin.
Chaque année, pour la fête de Pâques, une procession était alors organisée sur le champ de foire sur les bords du Doubs pour que les pèlerins puissent venir se recueillir devant la célèbre relique. Une stèle a d’ailleurs été érigée il y a quelques années à cet endroit. Expertises et de contre-expertises se sont en effet succédé pour vérifier, confirmer ou infirmer l’époque dont provient ce tissu. Pour les uns, il est authentique et a bien recueilli la dépouille du christ. Pour les autres, c’est une vaste supercherie. Une histoire complexe et passionnante en tout cas.
Les maisons des XVIe et XVIIe siècles avec encorbellement et fenêtres à meneaux sont les témoins de ce riche passé.
Les tanneries :
Le Dessoubre était utilisé pour le travail des peaux qui nécessitait de l’eau claire en grande quantité.
Les conditions de travail difficiles du tanneur, mêlaient odeurs nauséabondes et forte humidité.
Des dizaines d’ouvriers ont ainsi travaillé jusqu’en 1922 les peaux de bœufs et de vaches en provenance des environs pour en faire des cuirs épais utilisés entre autres pour équiper les soldats lors de la 1ère guerre mondiale, pour leurs ceinturons ou leurs godillots réputés dans toute la France.
Nous n’avons plus qu’à dévaler le sentier qui « dégouline » du belvédère pour atteindre notre point de départ, heureux de ce périple de 18 km, la tête pleine des images de la journée et même du soleil qui nous a motivés.
Merci à tous les participants à cette randonnée pour votre esprit bon enfant !

Texte et photos : Michel Perceau























