Les Récits

Ce chapître décrit les récits de pélerins, membres de l'association ou pas qui aimeraient exprimer leur ressenti et faire partager leurs émotions, leurs expériences...

Si vous souhaitez vous aussi publier un texte dans cette rubrique nous vous invitons à le faire parvenir au secrétariat ou au webmestre dont les coordonnées figurent à la rubrique "Nous contacter".

Merci d'avance

Alain Humbert et son blog sur le camino del Norte

Alain Humbert, adhérent de longue date à notre association,  a raconté le « camino del Norte » qu’il a parcouru en 2015 et 2016 dans son blog :

http://moncaminonorte.blogspot.fr


Vous partagerez avec Alain les découvertes, les photos, les réflexions inspirées par sa marche. Vous trouverez également ses poèmes. Vous pourrez aussi vous procurer le livre qu’il a écrit suite à son chemin du Puy-en-Velay à Compostelle « Compostelle, vous en pensez-quoi ? »


Voici déjà un petit avant-goût d’une journée sur le camino del Norte :

Dimanche 13 septembre : Laredo > Guemes  (33  km)

Quittant mon hébergement je retrouve Gérard, le pèlerin de Lyon, qui hier s’est arrêté à Liendo, le dernier village avant Laredo. Comme moi il a prévu de rejoindre Guemes et nous allons donc parcourir l’essentiel de l’étape ensemble. Au départ le chemin suit la plage sur environ 5 km pour rejoindre l’estuaire de l’Ason. Le premier pont pour franchir le rio est situé très en amont et nous obligerait à faire un grand détour alors, une fois de plus, c’est avec "la barca" que nous traversons et gagnons Santoña sur la rive opposée.

C’est une vieille cité maritime et son emplacement sur la côte en a fait une place stratégique sur le plan militaire ; trois forts y ont été édifiés pour en assurer sa défense. Sur le plan économique la ville a acquis une renommée internationale par ses conserveries d’anchois et de thon. Nous quittons la ville en longeant le pénitencier El Dueso ; un établissement impressionnant avec de hauts murs d’enceinte surmontés de rouleaux de fils barbelés pour décourager ceux qui pensent pouvoir se faire la belle. Quelques kilomètres plus loin il faut escalader une colline pour passer d’une plage à l’autre. Le sentier est abrupt, sans aucun garde-corps pour nous protéger du vide, et ici, le moindre faux-pas serait fatal. Je chasse cette pensée de mon esprit et poursuit cette marche à flanc de coteaux, me gardant bien de regarder le précipice.  Gérard marche devant d’un bon pas et ne semble pas ressentir le même trac que moi par rapport à la situation. Nous parvenons enfin au  sommet et prenons le temps d’admirer le paysage. D’ici la vue est fantastique : à notre droite, tout en bas, la plage de Santoña que nous venons tout juste de quitter et à notre gauche une immense plage fermée à son extrémité par le village de Noja. C’est là que j’ai prévu de déjeuner mais pour y parvenir il faut descendre l’autre flanc de la colline, heureusement un peu moins abrupt,  et longer l’océan sur plusieurs kilomètres. Gérard m’abandonne pour casser la croûte un peu en amont du village, à hauteur de l’Ermita San Nicolas. Je le retrouverai en milieu d’après-midi et nous terminerons l’étape ensemble.

Noja est une autre belle petite cité balnéaire de la côte Atlantique et en ce jour de dimanche y règne une grande animation. La messe s’achève, le curé vient de libérer ses ouailles qui se dirigent pour la plupart vers les terrasses de bistrot pour y prendre l’apéro. C’est également pour moi le moment de faire une pause, le temps de déguster mon bocadillo accompagné d’une « cerveza ». Quelques pèlerins passent devant le bar dont cet Américain de l’Orégon que j’avais rencontré hier et qui est incapable de prononcer le moindre mot de Français ou d’Espagnol. On constate que l’on revoit toujours les mêmes visages sur le chemin, ce qui à la réflexion paraît assez compréhensible étant donné que chacun fait les mêmes étapes ou presque. C’est agréable dans le sens où l’on retrouve des connaissances mais ça peut être ennuyeux si on cherche à créer de nouveaux liens. En pareil cas la solution consiste tout simplement à faire une pause d’un jour pour « accrocher » le peloton suivant et ce sera autant de nouveaux visages à découvrir.

 

Ce matin lors de la traversée du Rio, le temps était frais et accompagné d’un léger crachin mais depuis quelques heures le soleil et la chaleur se sont imposés, transformant complètement le paysage. Reprenant ma marche je suis dépassé par 4 jeunes filles qui avancent d’un bon pas. Il faut dire qu’elles ne portent pas de sac et qu’elles ont pour seul bagage une bouteille d’eau en bandoulière. Après le rituel des présentations, trois d’entre elles poursuivent à leur cadence et la 4ème chemine avec moi sur quelques kilomètres. Elle se prénomme Audrey. Elle m’explique qu’elles sont  toutes quatre Irlandaises  et  venues passer 5 jours sur le Camino. Aujourd’hui dans tous les pays, les agences de voyages proposent des séjours sur le Chemin au même titre qu’elles proposent un séjour aux Baléares ou aux îles Canaries.  Venant de Dublin, elles ont atterri à Bilbao et vont rejoindre Santander avant de regagner l’Irlande...".

La suite sur le blog  d’Alain : http://moncaminonorte.blogspot.fr


Témoignage "rencontre et partage" - Annie - janvier 2017
Lors du week-end "rencontre et partage" organisé par l'af-ccc les 14 et 15 janvier 2017 à l'abbaye Saint-Colomban à Luxeuil, le public présent a apprécié, a vibré, a été ému à l'écoute de témoignages sensibles. Voici celui d'Annie.
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En 2015, Annie Carisey est allée à pied avec son mari, Gérard, à Santiago, Fisterra, Muxia, en partant de son domicile, Dambenois (25).  Voici son texte : 

"Quelques petits mots afin de vous faire partager cette folle expérience. Je voulais partager avec vous nos sentiments, nos ressentis, brièvement.

Nous avons eu la chance de débuter ce chemin au printemps, symbole de renaissance, de renouveau, moment privilégié où la nature s’éveille. Nous avons traversé tant de contrées, de paysages, admiré tant de sites, ceci permis grâce à la lenteur du pas. Ces moments nous ont rempli l’âme et nourri.  Et que dire de toutes ces rencontres ? Tous ces pèlerins tendus vers un seul et même but portant en eux tant de volonté, de souffrances, d’espoir et dédiant cette longue marche soit à une sœur malade, à une grand maman handicapée, à un enfant, à des proches, à des amis. Combien de prières ont accompagné cette équipée, combien de cierges brûlés pour que la prière continue au cœur des églises par le biais de cette petite flamme vacillante, combien de vœux fervents ont abrité ces édifices, je ne saurais le dire mais le ressenti est si fort au contact de tous ces pèlerins. Les petits arrêts dans la fraicheur des églises où la lumière est si douce, où l’on peut se poser quelques minutes, se ressourcer, laisser quelques prières pour accompagner tous ceux que l’on aime et illuminer l’avenir. Nous avons été très entourés tant au niveau des visites sur place, que par les appels téléphoniques, les mails, cette chaine d’amitié nous a portés, surtout quand le découragement pointait le bout de son nez, que les douleurs se faisaient ressentir de façon trop vive ; le nez dans le guidon nous avancions.

Trois mois, c’est court dans une vie, mais long à la fois dans la coupure avec les êtres aimés. Ce qui nous aura le plus marqué au long de ce camino c’est cette liberté d’aller devant nous, dans des paysages superbes et surtout la rencontre de l’autre où les différences sociales sont abolies, où le tutoiement est de rigueur, tout naturellement, et le bonheur non feint de se retrouver au détour du chemin. Quelle joie d’avoir ouvert les yeux sur tant d’humanité. La communion entre les pèlerins est forte et lorsque l’un d’eux souffre, les autres voudraient partager. 

Je garderai au cœur nombre d’entre eux, en particulier ce papa Mexicain qui avait tant de peine à marcher et sa fille aux yeux noirs, tous deux avec le sourire, toujours !

Cet Américain sourd, muni d’un appareil intra tympanique et pratiquement non voyant. Il voulait faire ce chemin pendant que ses yeux lui renvoyaient une faible image des beautés de ce monde.

Ma petite Lituanienne de dix ans aux yeux si clairs, avançant confiante, la main dans celle de sa maman, ce petit cabri sautillant, glanant çà et là au passage une fleur, une herbe, et dans mon dos je l’entendais chanter, tout en parlant un français impeccable, Philomèna, petit elfe joyeux je te garderai bien au chaud dans mon cœur.

Tous ces êtres boitillants, tordus, souffrants mais jamais n’abandonnant. Je suis étonnée aussi par le nombres de nationalités qui peuplent ce camino : les petites Japonaises, seules, avec la barrière de l’écriture, de la langue, emmitouflées pour garder la peau blanche alors que le soleil est au zénith, un gros appareil photo à la main, lourd sûrement en  fin de journée, mais souhaitant toujours, avec ce petit hochement de tête caractéristique aux asiatiques : "Buen camino", avec le sourire en prime. Quelle leçon de vie sur ce chemin, quelle merveilleuse expérience, quelle façon aussi de se tester et de se rendre compte que nous avons besoin de si peu pour vivre et être heureux. Et de se rendre compte aussi que, par la force de la volonté, on peut transcender la douleur et continuer à avancer. Le corps humain est vraiment une machine merveilleuse !

Le camino est une expérience unique, car durant de longs mois vous habitez le chemin, mais il vous habite également, il vous fait souffrir, il vous maltraite, il vous teste, mais il vous nourrit. Il est dit que pour faire le chemin il faut 20% de physique et 80% de mental. Lorsque, chaque matin, il faut à nouveau charger ce sac qui vous brise les épaules, monter, descendre, avaler les kilomètres, taire la douleur des pieds, des jambes, du dos, appuyer sur les bâtons dont le tac tac tac vous martèle les oreilles, vous vous mettez en mode zombie et vous rêvez d’un bon matelas. Sur ce chemin on redevient un peu l’enfant enfui, avec ses besoins primaires : boire, manger, dormir et dans l’attente de ce que demain va vous offrir ; les émotions, les joies l’emportent toujours sur le négatif, c’est l’essence du chemin.

Je ne vous parle pas de l’arrivée à Santiago lorsque, descendant la rue, on aperçoit au loin une des flèches de la cathédrale Saint-Jacques. Une vague vous envahit, on essaie de contenir l’émotion. Puis arrive le dos de l’édifice que l’on doit contourner pour arriver sur le parvis, c’est alors que la digue cède et que le moment tant attendu est savouré, les larmes coulent, on voudrait retenir le temps, longtemps, puis vous êtes emportés : photos, joies, larmes, rires, tout se mêle et tout s’emmêle !

De là-haut, dans sa niche de pierre, Saint-Jacques, qui a veillé lui aussi sur nous, contemple cette foule joyeuse et recueillie à la fois, sous ce ciel devenu si bleu. L’aboutissement de tous ces pas, de tous ces chemins parcourus, de tous ces mois passés est là devant nous, radieux, c’est vraiment Santiago.

Merci la vie, merci à vous d’être là aujourd’hui pour partager ce grand moment avec nous.



Témoignage "rencontre et partage" - Gabriel - janvier 2017

Lors du week-end "rencontre et partage" organisé par l'Af-ccc les 14 et 15 janvier 2017 à l'abbaye Saint-Colomban à Luxeuil, le public présent a apprécié, a vibré, a été ému à l'écoute de témoignages sensibles. Voici celui de Gabriel, en complément de son exposition de photos "Maravillas del Camino".


La marche vers Compostelle : un massage de l’âme ?

Le but de mon intervention n’est pas de vous raconter mon pèlerinage, que j’ai terminé en 2014, mais d’essayer de mettre en mots ce qu’il en reste avec l’épreuve du temps et après la décantation inévitable du vécu…

1 - Un travail qui s’opère en moi 

Marcher sur les chemins jacquaires, c’est accepter de sortir des sentiers battus comme le rappelle le bandeau en exergue du portail de notre site internet de l’Af-ccc. C’est aussi poser un acte intérieur, prendre une décision. Quand je suis parti, j’étais incapable de m’imaginer ce que serait le but, la destination. Il suffisait de penser au nombre de kms à parcourir pour perdre toute prétention à envisager mentalement la fin du pèlerinage.  Je me doutais bien que j’allais arpenter un itinéraire à l’horizontale, d’un point A vers un point B, sans trop me douter qu’allait commencer en moi un creusement en profondeur, à la verticale, à l’image d’un puits que l’on fore peu à peu ! Le fait de vivre au rythme du soleil, d’être en permanence au contact de la terre, avec des temps de silence, d’émerveillement et de rencontres m’a permis de fréquenter un peu plus cet être en moi qui a un lien avec le cosmique et l’universel. Je croyais que je me dirigeais vers les reliques d’un Saint, en fait, je marchais vers ce qu’il y a de plus vivant en moi ! Quel cadeau de se découvrir en capacité d’émettre une parole de consolation, un geste de solidarité ou simplement un silence de compassion… Paradoxalement, plus je m’éloignais géographiquement, plus je me rapprochais de moi ! Comme s’il fallait quitter le confort de sa maison pour découvrir sa véritable demeure…


2 - Marcher : une expérience de la Providence 

Marcher vers Compostelle, c’est aussi s’exposer à une forme d’inconnus, d’imprévisibles. S’il m’a paru évident que marcher favorise les intuitions et les inspirations qui montent du cœur, force est de constater que beaucoup d’autres « messages »  me sont parvenus de l’extérieur, par les pèlerins côtoyés ou  par le biais d’étranges synchronicités ! Tous ces petits signes qui finissent par vous faire douter de l’existence du hasard… Il m’est arrivé d’avoir la conviction intime que j’attirais à moi des informations, des confirmations, des réponses à certaines questions. Et puis cette question lancinante : qu’est-ce qui me pousse à faire ce chemin, qu’est-ce qui m’attire ? D’où me vient cette envie d’aller jusqu’au bout ? Comme si j’étais attiré par un aimant invisible. La réponse est peut-être dans le mot même : l’aimant est d’abord un objet magnétique doté d’une force d’attraction,  mais c’est aussi le Participe présent du verbe aimer

3 - Petit aperçu de grands moments 

Permettez-moi de terminer mon propos par l’évocation de quelques souvenirs qui viennent illustrer ce que je viens d’essayer de mettre en mots sur la magie de l’Esprit du Chemin :

C’était un dimanche matin pluvieux. Suite à une erreur d’appréciation du kilométrage, nous arrivons à Nasbinals beaucoup plus tôt que prévu, juste au moment où les cloches sonnent, alors que nous n’avions rien programmé.  Nous entrons rapidement dans l’église pour assister à l’Office : en sortant, nous découvrons que, dans la hâte, nous nous étions assis juste sous la statue d’un certain Saint-Jacques…

Dans une montée forestière un peu rude, dans le secteur de Conques je crois, une pèlerine inconnue me double et m’offre un trèfle à quatre feuilles dans un grand sourire avec cette parole laconique « C’est pour vous ! »…

Comment oublier ce passage dans la petite chapelle romane de Saint-Sernin, entre Lauzerte et Moissac : où nous avons été saisis par ce silence impressionnant qui cloue sur place et, cerise sur le gâteau : nous allions sortir quand un couple de pèlerins allemands est entré et a entonné un chant sacré qui vous traverse de la tête aux pieds. Dans ces moments-là, plus rien d’autre n’a d’importance…

A Orthez, dans une boucherie où nous voulions acheter un sandwich, le patron, se doutant de notre destination, nous offre le jambon et nous demande de prier pour lui à Compostelle…

A Pamplona, nous aurions aimé entrer dans le «  Centre universitaire d’études jacobéennes », fermé à l’heure de notre passage, mais nous tombons sur le gardien qui est allé déranger son collègue à l’accueil pour que nous puissions repartir avec le tampon du Centre. Détail ? Peut-être, mais ça fait chaud au cœur !

Et que dire de la rencontre avec Sofia, hospitalière à la « Albergue de la Encomienda » de l’Ordre de Malte à Cizur Menor. Sachant que je représentais une association jacquaire, elle se fait une joie de me remettre pour vous une poignée de pièces d’un centime d’euro à l’effigie de la Cathédrale de Santiago, pièces flambant neuves qu’elle était allé chercher à Madrid quelques jours avant…

Et je ne m’attarderai pas sur ces lieux chargés où les mots manquent pour en parler : la descente des escaliers de la cathédrale du Puy-en-Velay, premiers pas posés sur le Chemin. Je pense aussi aux sculptures métalliques de l’Alto del Perdon, là où le Chemin du vent croise celui des étoiles, au tympan de la basilique de Conques, à la statue de la Vierge de Biakorri, en arrivant au Col de Roncevaux, à l’arrivée sur la Praza do obradoiro, place principale de Saint-Jacques de Compostelle…


Voici pour conclure un extrait du poème du Père Jesus Calvo que beaucoup d’entre vous connaissent :


« Pèlerin, qui t’appelle ?
Quelle est cette force obscure qui t’attire ?
Mais la voix qui, moi, m’appelle,
Je la ressens au plus profond !
La force qui, moi, me pousse,
La force, qui, moi, m’attire
Je ne sais même pas l’expliquer !
Seul, celui d’en haut le sait ! »


Gabriel Vielle 


De Santiago à Rome : pour une synthèse des chemins de pèlerinage ...

Philippe Roy nous livre le récit de sa très longue marche (68 jours et 2924 km !) de Santiago de Compostela à Rome, accomplie du 10 mai au 17 juillet 2016. Il nous présente ici son projet. Il faut ensuite suivre son cheminement au travers des textes et nombreuses photos à découvrir dans les documents pdf ci-dessous.

« Après avoir cheminé de la Vèze à Fisterra et de Canterbury à Rome – entre autres chemins de pèlerinage -, j’avais en projet depuis quelques années et mes recherches sur la Via Francigena de rallier les deux grandes villes de pèlerinage de l’Occident Chrétien Médiéval : aller de Saint Jacques de Compostelle à Rome, un projet de longue haleine, mais qui me motivait d’autant plus que j’avais rencontré lors de mon périple francigène au bord du lac de Bolsena un Espagnol qui venait de Santiago.


J’avais nommé ce projet "la Via Francigena Española", vocable que j’avais trouvé sur le site de l’Association Espagnole idoine et qui m’apparaissait des plus logiques pour un Espagnol romieux. Au fur et à mesure de mes rencontres, la notion de synthèse s’est précisée : peu de gens font ce chemin encore, mais quand même, j’ai croisé dans les trois pays traversés des Espagnols et des Italiens venant de Rome et se rendant à Santiago : dans un sens, on parle de chemins jacquaires et dans l’autre de Voie de Rome, le terme Via Francigena caractérisant de manière plus restrictive le chemin de l’archevêque Sigéric de Canterbury à Rome.


La préparation du projet m’a permis de découvrir que je n’emprunterais pas moins de six chemins répertoriés : le Camino de Santiago (ou Francés pour nous autres de France), le Camino Aragonés de Puente la Reina au Col du Somport, le chemin d’Arles du Somport à Arles, la Via Aurélia d’Arles à Menton, la Via della Costa en Ligurie entre Menton et Sarzana, et la Via Francigena venant du Nord entre Sarzana et Rome.


J’avais une option à choisir : dans quel sens cheminer ? Vers Santiago ou Rome ? Finalement, mes idées préconçues basées sur mon expérience l’ont emporté : je décidai de partir de Santiago. Pourquoi ? Il fallait cheminer de toute façon sur une bonne partie du chemin "a contrapelo" (à rebrousse-poils) et il me semblait que ma bonne connaissance du Camino Francés me faciliterait la tâche ; en France, les GR que je pratique depuis longtemps sont réputés lisibles dans les deux sens, donc ne posant aucun problème. Seule la Via della Costa pouvait être problématique, puisque décrite dans le sens de Rome avec un seul topoguide existant rédigé en italien. La Via Francigena, quant à elle, étant bien connue du pèlerin en Toscane et dans le Latium, j’optai pour ce que je pensais le plus aisé : dans le sens  Vintimille – Rome, et donc en plus général de Santiago à la Ville Eternelle.


Je décidai également de n’emmener en tout et pour tout que le Miam Miam Dodo de Saint Jacques à Arles, me basant sur un supposé excellent balisage. Pour la Via Aurélia, je partais avec le descriptif de l’Association Jacquaire de PACA, pensant que mes capacités à lire le français à l’envers suffiraient, puisque le descriptif va de Menton à Arles. Pour la Via della Costa, le guide de Monica d’Atti en italien me promettait une randonnée des plus simples en terme de repérage. Pour le dernier tronçon de la Via Francigena, mon expérience antérieure malheureuse avec un guide français que je ne nommerai pas, m’avait amené à acquérir un guide allemand offrant toute garantie de ne pas perdre le chemin. C’est que sur presque 3000 km de chemins, les occasions de diversions peuvent être nombreuses ! »

1 - Avec Philippe Roy sur le Camino francès, de Santiago à Obanos
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2 - Sur le camino Aragones, d'Obanos au col du Somport
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3 - Sur la voie d'Arles, du col du Somport à Arles
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4 - Sur la Via Aurélia, d'Arles à Menton
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5 - Sur la via della Costa, de la frontière italienne et Ventimiglia à la Toscane
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6 - Sur la Via Francigena, de la Toscane à Rome
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Impressions jacquaires - Août 2016

10 jours de marche, seul, du 3 au 12 août 2016 entre Besançon et Vézelay à travers le "chemin des Hongrois". Les raisons d'entamer cette marche se sont clarifiées progressivement. Surmonter ses propres peurs, se considérer avec bienveillance, s'ouvrir à l'imprévu, aux autres, se faire et faire confiance. Lâcher derrière soi les poids du passé. En un mot : devenir soi-même.

À l'arrivée, Vézelay et sa basilique Sainte-Marie Madeleine dont le chemin de lumière éclaire le pèlerin, fortifie le croyant, émerveille le visiteur. L'édifice roman est un livre de pierre qui tourne ses pages en fonction de la course de la lumière solaire pendant l'année : admirable science transmise par la tradition des maîtres bâtisseurs, qui connaissaient les règles de la proportion, le nombre d'or.

Entre, tant de choses m'ont ravi : guetter l'arrivée d'un TGV et enjamber un pont (sentir le décalage entre la marche lente et le train plus que rapide), se reposer au bord d'un petit cours d'eau rafraichissant dans lequel se baignent des canards à Til-Châtel, tenir bon malgré le souffle court dans les montées raides de Flavigny et de Vézelay, se frayer un chemin parmi les ronces bordant le cours d'eau au fond du vallon de Tharoiseau, visiter avec émerveillement et le coeur serein les charmantes églises romanes d'Autrey-les-Gray ou Moloy... Remonter le cours du temps, le temps d'une nuit, au château fortifié de Rosières...Surprendre un combat de cerfs dans une forêt entre Chanceaux et Flavigny. Pénétrer le silence des forêts, arpenter les sentiers dans la chaleur du midi, apprécier la lumière ascendante au petit matin....

Sans oublier, surtout, les personnes qui se sont rendues disponibles pour un renseignement, un peu d'eau, du chocolat, du café, de la salade ou des tomates. Un sourire, un regard, parfois interrogateur, toujours bienveillant.

Que retenir de ce chemin en substance ? Inutile d'en faire un journal de bord, long, trop précis : les souvenirs, impressions restent gravés dans la mémoire à long terme, et écrire ne traduira jamais fidèlement cet état.

Cheminer m'a conforté dans l'idée selon laquelle "à chacun selon sa vérité" : tout comme chaque marcheur a son propre rythme de pas, chacun a ses raisons de faire le chemin: religieuses, spirituelles ou sportives... Marcher seul le jour offre un surplus de disponibilité le soir lorsqu'on est accueilli, comme si la solitude offrait davantage le désir de la relation.

Marcher c'est prendre le parti du pas lent rythmé, souple, qui permet d'aller loin sans s'épuiser rapidement. C'est expérimenter la liberté : plus de feux rouges, de sens interdits, de routes, juste le sentier, l'horizon. C'est se relier à la nature – et à sa propre nature : mettre à fleur les sens, les émotions. En somme, vivre c'est être en marche ; marcher, c'est vivre à un autre rythme.

Antoine Huriet - Besançon


 

De Pont-de-Roide à Cluny au printemps 2016

Notre projet est de rallier Saint-Jacques en deux étapes de deux semaines par an (printemps et automne) sur une durée de trois ans.

Le 11 avril nous étions quatre au départ de Pont-de-Roide : Michèle, Bernard, Joseph qui a dû abandonner dès le 2ème jour et Luc, pour un premier périple de 13 jours jusqu'à Cluny. 
Christiane et Christine, les épouses, ont marché avec nous durant la première matinée et nous ont rejoints pour nous accompagner et nous encourager de Sampans à Cîteaux.

Durant les trois premiers jours, nous avons cheminé avec des cartes IGN pour rejoindre le chemin de Compostelle aux Tilleroyes à Besançon avec haltes à Crosey, Saint-Hilaire et Tallenay.

Tout au long de ces treize étapes nous avons fait de belles rencontres, toujours fortuites, avec des personnes plus ou moins jeunes, de nationalités diverses, avec qui nous avons créé des liens d'amitié et de partage : 
dès notre départ, à travers les sites éoliens du Lomont, nous avons eu la grande joie de rencontrer Monseigneur Moutel, évêque de St Brieuc qui nous a donné sa bénédiction, à Acey, sous la pluie, nous avons partagé notre repas de midi avec Alexandre, jeune homme parti de Compiègne pour rejoindre Rome pour y porter des intentions de prières, ou encore un cousin éloigné rencontré en traversant le village de Placey lors de notre 4ème étape et qui nous a donné un morceau de pain sorti tout droit du congélateur pour notre casse-croûte. Johana, une jeune Allemande qui cheminait seule depuis Dôle pour passer une semaine à Taizé  à qui nous avons proposé de partager notre gîte à Saint-Gengoux le National, ou encore un pèlerin allemand parti depuis Filain pour rejoindre le Puy-en-Velay mais qui cheminait beaucoup plus vite que nous... Mais aussi, chaque soir, le gîte avec ses occupants, ses accueillants, c'était la surprise pour enrichir la fin de journée.

Nous avons traversé cinq départements, des forêts, des vignobles, de beaux villages avec de magnifiques églises pour la plupart malheureusement fermées et visité plusieurs abbayes : Marnay, Acey, Mont-Roland, Cîteaux, Taizé et Cluny. Quel beau pays. 
Malgré la pluie, les chemins détrempés, la fraîcheur du matin, la fatigue (320 km parcourus) nous sommes bien motivés pour engager la seconde étape en septembre qui devrait nous conduire de Cluny  au Puy-en-Velay.

Michèle - Ecot (25)
 

5ème édition de la marche « Pas à Pas sur la Via Francigena »

Ce samedi 13 mars 2016 étaient programmés 11 km en Haute-Saône, de Frasne-le-Château à  Bucey-les-Gy, sur un parcours vallonné traversant des champs et surtout les pelouses sèches des Monts de Gy. La randonnée empruntait notamment un  tronçon du Chemin de Compostelle.

L’organisation et l’accueil étaient organisés par les responsables de l’ACCR-BFC (association des Chemins de Compostelle et de Rome – Bourgogne/Franche-Comté), avec présentation du Bourdon ayant cheminé jusqu’à Compostelle lors de l’année jacquaire 2010. Celui-ci sera transmis de commune en commune, tout au long de l’après-midi, par les maires respectifs.

Sous un soleil un peu frisquet,  nous voilà partis… environ 300 marcheurs  issus  de divers  clubs locaux. On comptait également quelques pèlerins dont une dizaine de notre association, l’af-ccc.

Cette « communauté »  de Chemin est matérialisée à Grachaux par un QR Code conçu par l’association franc-comtoise du chemin de Compostelle, inauguré il y a peu de temps. Il mentionne les deux voies de pèlerinage traversant la Haute-Saône, chemin de Compostelle et Via Francigena réunis sur quelques kilomètres.

Des représentants de la Via Francigena suisse et italienne étaient présents. Lucas a même prononcé un discours en français pour illustrer la VF en Italie, chemin culturel européen comme celui de Saint Jacques. Son organisation internationale et les retombées économiques  pour son pays sont importantes.

La Via Francigena en Franche-Comté, en cours d’homologation par la Fédération française de Randonnée (FFR) sera sur le GR145.

La réception à Bucey-les-Gy, petite cité comtoise de caractère sachant mettre son riche patrimoine en valeur, fût organisée par  son édile, Emile Ney et par l'association Patrimoine et Environnement des Monts de Gy. Dans la cour du Presbytère un marché paysan local a ravi nos papilles et, dans la majestueuse église, un concert de qualité par la chorale locale a enchanté nos tympans.

Un couscous succulent a clôturé cette journée empreinte de grande sympathie et de fraternité.

Danielle - Belfort 

Photos Danielle, Daniel et Nicole

 

Notre Chemin d’Einsiedeln du 5 au 25 Août 2014 à pied (340 km), e...

Marcelle et François Puel ont fait parvenir le récit de la marche qu'ils ont effectuée de leur domicile, près de Besançon, jusqu'à Einsiedeln en Suisse. Voici le début de leur aventure, racontée d'une plume alerte....Pour connaître la suite, il suffit  de cliquer sur le fichier pdf ci-dessous pour arriver au but et pour apprécier les magnifiques photos qu'ont prises Marcelle et François tout au long de leur parcours. De quoi donner envie de se lancer aussi sur ce chemin de pèlerinage....

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En 2012, nous avons fini notre chemin « Besançon - Compostelle ».

A la lumière du récit du Frère Benoît de l’abbaye d’Acey : Un moine comtois à pied vers Notre-Dame des Ermites (Einsiedeln, Suisse) nous avons eu envie de nous lancer dans ce chemin vers Einsiedeln.

En Franche-Comté, le pèlerinage à  Einsiedeln  était traditionnel, à pied, en train, en voiture, en bus ….La grand-mère d’une de mes cousines, y a fait son voyage de noces dans les années 1910.

Pour pouvoir utiliser des chemins balisés et les hébergements répertoriés, nous décidons d’emprunter la Via Francigena de Besançon à Yverdon. Puis par le train, nous rejoignons Payerne où nous prenons pied sur la Via Jacobi, sentier suisse N°4 qui mène du lac Bodensee à Genève, et nous le suivons à l’envers jusqu’à Einsiedeln.


Mardi 5 Août 2014, nous partons de chez nous à Palente, passons par Brégille, le Trou au Loup (en travaux, donc accessible aux piétons) et rejoignons la Francigena à l’entrée des marais de Saône. Après avoir été reçus royalement par des amis à Foucherans, on rejoint mercredi 6, la vallée de la Loue en faisant un petit détour par ND du Chêne. La halte au gîte de Vuillafans est spartiate. Puis Jeudi 7, les gorges de Nouailles sous une saucée carabinée qui ne nous permet pas de bien profiter du beau paysage, mais c’est la récompense en fin d’étape par un accueil très chaleureux à Ouhans.

Pourquoi y-a-t-il tant de campanules sur la Via Francigena ? C’étaient  de petites clochettes qui voulaient partir à Rome comme leurs grandes sœurs. Mais trop petites et trop faibles, elles ont dû (à l’aller ou au retour, je ne sais pas) se poser et elles ont pris racine.

Vendredi 8, c’est Pontarlier où nous sommes reçus par la petite-fille de la grand-mère citée ci-dessus.

Christiane nous emmène à la rencontre de la Vierge Noire d’Einsiedeln  dans l’église St Bénigne avec ses vitraux de Manessier. Puis un très beau moment au presbytère avec l’apprenti  curé heureux d’apprendre qu’on va à Einsiedeln. Il tamponne notre credencial.  Il nous montre la bulle qui authentifie la Vierge Noire. Il nous raconte aussi que les mères qui ont perdu un enfant viennent prier devant la statue d’une vierge qui a été vandalisée et à laquelle on a pris Jésus. L’Esprit de Dieu souffle où il veut…

Samedi 9, notre dernière étape française, temps maussade, la pluie menace, arrive, se calme, reprend … Chemin étroit, boueux, labouré, défoncé par des chevaux qu’on a croisés. Au Centre de Rencontres de L’Auberson, on est les seuls hôtes. Accueil sympa, chambre confortable, lessive et séchage machine.

Dimanche 10 : Temps gris et brouillasseux. Montée au col des Etroits par un chemin humide bordé de fleurs et de framboises. Descente sur Sainte Croix où on fait des courses. Le sac de François s’alourdit trop.

Belles éclaircies dans les gorges de Covatanne, dommage que le sac trop lourd fasse mal aux genoux de François.

Traversée des marais et quatre km fastidieux d’entrée dans Yverdon. C’est encore les quatre terribles derniers kilomètres auxquels on ne peut jamais échapper, comme le dit Alix de Saint André dans son livre "en avant route".

La gérante que l’on joint au téléphone nous dit «j’arrive» …. Elle arrive effectivement … 2 heures plus tard ! Les horaires suisses sont parfois surprenants. Heureusement, las d’attendre,  on a pu se doucher, laver et faire sécher le linge au soleil. Soirée au bord du lac, belle lumière, moment agréable.

Lundi 11 : il a plu toute la nuit, ça s’arrête quand on part et c’est une vraie balade au bord du lac et dans les marais. Lumière magnifique sur les menhirs de Clendy. Puis on monte, on monte, il fait chaud au milieu des vergers qui dominent le lac. Et il recommence à pleuvoir, dans les sentiers boueux et glissants d’un "parcours santé", on se casse la figure ou plutôt on sculpte notre corps d’après les panneaux. On rêve de goudron… On n’est jamais contents ; devise de François : rando pluvieuse, rando boueuse. A Yvonand, on déclare forfait et on prend le train pour Payerne où on se fait une joie de visiter l’abbatiale. Oh désespoir, elle est fermée le lundi. On reviendra en voiture la revoir plus tard.

Sinon, on voit beaucoup d’affiches annonçant le meeting aérien célébrant les 100 ans de l’aviation suisse.

Mardi 12 : On rejoint le Chemin de Compostelle sous le soleil. Des travaux nous détournent de notre chemin mais nous permettent de voir des hangars où sèche le tabac. Plus tard, plus d’indication, plus de chemin tracé. On fait quelques allers retours  pour finir par retrouver les balises sur la route. Un beau chemin suit l’Argogne des restes d’aqueduc romain, on remonte vers Noréaz. On voit encore le Jura vers l’ouest et les Gastlosen (où on a randonné il y a quelques années) vers l’est. Routes et chemins en forêt qui montent et descendent.  Descente raide et boueuse  et des escaliers  vers le lit d’une rivière, la Sonna. On croise les premiers pèlerins, ils ne vont qu’à Lausanne, car leurs vacances sont bientôt finies. Belle Croix : Croix de St Jacques qui, après s’être baladée est revenue à l’endroit historique et c’est l’entrée de Fribourg.

On en a plein les pattes et on n’a pas le courage de ressortir de l’Auberge de Jeunesse pour visiter Fribourg.

Mercredi 13 : on descend dans la Basse Ville de Fribourg, vieille ville médiévale. Des fontaines, des statues superbes jalonnent le chemin. Les vitraux de la cathédrale, une splendeur, et au sol, une plaque à la mémoire du chanoine Bovet cher à tous les choristes. Magnifique Pont de Berne en bois sur la Sarine. A la sortie, des pancartes partout mais on n’en voit aucune indiquant la "Via Jacobi", ni Schwarzenburg. On se rendra compte après coup qu’il aurait fallu monter vers la Ville Haute. On n’a pas regardé la carte avec assez de soin. On finit par prendre la direction de Tafers (Tavel)  par les magnifiques gorges du Gotteron très humides, très escarpées avec des passerelles passant d’une rive à l’autre, et même un éboulement de terre glaise où je manque laisser une chaussure et où j’ai eu grand besoin de la main secourable de François.

On est entré dans les régions de langue allemande, "Sentier Pédestre" est remplacé par "Wanderweg".

Ce n’est qu’à St Anton qu’on retrouve le balisage. On a fait une variante très belle bien que très arrosée mais on a raté quelques beaux sites de la voie normale. 

A St Anton on rencontre 2 pèlerins qui viennent de Constance et qui sont ravis de discuter avec nous dans notre mauvais allemand. C’est très sympa. Il ne pleut plus mais nous sommes "gaugés" et on va manger au restau. Une belle éclaircie et cette fois on voit toutes les belles choses prévues au programme : pont de bois de Sodbach, gorges de la Singine, chemins étroits empierrés avec les galets de la rivière, encaissés dans les roches de molasse avec des creux servant d’abris pour les charretiers  qui ne pouvaient pas rester à côté des chars. On est entré dans le canton de Berne.

On arrive à Schwarzenburg avec une très belle vue sur les montagnes de Gruyère.

Après avoir un peu erré, une dame sympa nous emmène à notre adresse pas évidente à trouver. Très bon accueil par Anne-Marie et Daniel qui parlent français et avec qui on partage le repas et la tisane baptisée du "pèlerin". Daniel nous raconte son métier de la protection civile, nous fait un petit texte en allemand pour qu’on puisse réserver une chambre au téléphone les jours suivants. Il se bat avec son téléphone et son imprimante pour nous trouver  une église, un horaire de messe pour le 15 août à Thun. Cela change un peu notre planning et notre itinéraire, mais on ne le regrettera pas.

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La suite est à lire sur le fichier pdf ci-dessous où se trouvent également les photos prises depuis le départ de Palente.....


De Palente (25) à Einsiedeln en Suisse, par la via francigena et le chemin de Compostelle
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Les pèlerins font une pause avant Marnay dans l'abri de l'af-ccc
La cabane de l'af-ccc
Le chemin est long en forêt, entre Autoreille et Marnay. Les marcheurs qui font une pause dans la cabane de l'af-ccc peuvent y laisser un petit mot sur le cahier qui leur est réservé. Voilà quelques-uns de leurs petits mots écrits en 2015, si sympathiques : 

19 avril : un peu de muguet, le coucou, superbe journée. Bonne route aux pèlerins, Anne et André
19 avril : merci à celles et à ceux qui ont construit cette paisible cabane forestière... respectée par celles et ceux qui ont fait une halte rafraîchissante et reposante. Bonne route à tous ceux qui savent encore  prendre le temps, avec le temps. Annette et Jean-Pierre
29 avril : Merci pour cette place de repos, Wolfgang et Barbara de Dresde/Allemagne

1er mai : Après 10 heures de marche sous la pluie, la découverte de l'abri, un plaisir....Merci. Il est 19 h 30, nous allons y passer la nuit, les ânes sont attachés à un arbre. Merci encore. Laurent, Gérard et les deux ânes Ali et Momo
5 mai : Sur le chemin de Saint-Jacques nous sommes arrivés à cette belle cabane. Merci pour ce cadeau, Sylvia et Joachim de Leipzig/Allemagne

9 mai : Les Mulhousienes sur le chemin ont bien apprécie cet abri si bienvenu, Aline, Chritelle, Laurence et (illisible)
10 mai : Une halte bienvenue après une marche bien agréable depuis Gy et avant de poursuivre sur Acey. Merci à tous les bénévoles du chemin pour le balisage et cet abri. Albert et Bernard en route pour le Puy-en-Velay
17 mai : Félicitations pour l'entretien et le balisage du sentier. Je viens de Bâle en Suisse avec pour objectif la Pointe du Raz en Bretagne. Philippe, lafranceenmarchant.fr
26 mai : La cabane était tout à fait bien pour notre pause de midi sur le chemin de Gy à Marnay. Merci ! Angelika et Bärbel de Ludwigshafen A Rhein, Allemagne
29 mai : Une halte qui a fait du bien, au calme dans ce petit abri, on pourrait rester des heures. Marcel (Alsace)

1er juin : Qu'il est doux de prendre le temps, à chaque pas, à chaque souffle, de poser ses yeux et de découvrir des paysages, des lieux, des gens, et d'en apprécier toute la richesse. Et d'avoir le privilège de le faire entre amis. Nous vous en souhaitons tout autant. Les Alsaciens de Thann
11 juin : Très beau parcours. Merci à l'association. Seul reproche : qu'on laisse les touristes en bus occuper les places que les pèlerins à pied méritent. Et cela sur Marnay, siège de l'association. Violette et Jean-Jacques
20 juin : C'est bien d'être ici et de laisser reposer ses jambes. Manger un peu et boire et le monde est en ordre. Buen camino, Peter

16 juillet : Merci pour ce lieu de repos et tout est bien pour nous sur ce bon chemin. Heile, Lydia, Regina, René, Margret de Tübingen et Uwe de (illisible)
23 juillet : Le chemin de Saint-Jacques est génial pour mettre de l'ordre en soi-même. Il est très bien balisé, merci pour cela. Mes souhaits à tous ceux qui font ce chemin, la santé, l'amitié pour soi et pour le monde entier, Namasté. Markus d'Offenburg 

06 août : un bonjour à tous les pèlerins de passage dans cet abri. Bravo aux associations qui entretiennent le chemin et les abris dédiés aux pèlerins. Bonne continuation à tous, Jean-Luc
9 août : après 10 km, il est temps de petit déjeuner. Aujourd'hui, saucisses. Nous allons à T aizé, Samuel, Falh de Heidelberg
9 août : l'abri est arrivé à temps ! Nous mangeons et écoutons tomber la pluie. Et prenons tout cela comme ça vient... Anke de Stuttgart
18 août : Le tracé n'est pas vraiment adapté et cette cabane manque de confort. Vous pouvez me contacter au 06......

17 septembre : A tous ceux qui aiment le plaisir du VTT, venez me rejoindre pour faire une balade à vélo. Célibataire, 19 ans, avis aux jeunes filles, tél. : 06....Romu

10 octobre : merci pour cet abri nous permettant de boire un bon café. Démarrage à Granges-le-Bourg, magnifique traversée de la Franche-Comté en automne. Joli tracé bien balisé. Nous continuons notre chemin en direction de Saint-Jacques de Compostelle. Dernière étape de l'année 2015 : Cluny. Buen camino, Michèle et Charly


Sur la voie de Vézelay, de Crozant à La Souterraine - Octobre 201...

Partie de Vézealy pour tester la voie de Nevers, par comparaison avec celle de Bourges, j’ai rejoint le chemin principal de Vézelay à Gargilesse. Les deux voies ont leur intérêt, mais ce que je vais vous conter ici, c’est ma dernière journée avec Rita, une amie de marche, avant mon retour à la maison. Les conversations avec les habitants sont toujours plaisantes et l’étape de ce jour est étonnement animée, après des journées sans aucune rencontre de pèlerins. 

Tôt dans le matin brumeux, à la sortie du gîte municipal de Crozant, je suis surprise par un grand pèlerin blond qui s’étend en baillant, sac de couchage sur le dos, dans la cabane perchée du jardin de curé du gîte communal. « Vous pouvez prendre une douche à l’intérieur, il y a du chauffage et c’est ouvert » lui indiqué-je. Au centre du village, Rita erre à la recherche d’une balise qui nous indiquera  le chemin à prendre. Un habitant nous  désigne du doigt la coquille indicative et nous descendons vers la Sédelle, jolie rivière torrentueuse bordée d’un large chemin arboré, agrémenté de totems portant photos et poèmes des artistes ayant été attirés par la région. Armand Guilaumin, Georges Sand ou Francis Picabia nous accompagnent ainsi de leurs œuvres. Ayant traversé un pont de bois, suivant la balise qui nous indique le Moulin de la Folie, nous tournicotons à la recherche du chemin. Depuis hier, le balisage n’est plus si facile à suivre. Nous franchissons bientôt le pont Charraud. A la Chapelle-Baloue, un café caché dans une courette arborée nous tente. Une souriante et blonde Anglaise nous sert sur la terrasse d’élégantes tasses de café et de chocolat mousseux. Elle arrive à nous faire envie en nous vantant  son gâteau maison, une pâte fourrée d’une couche de sucre et de confiture. La vieille maison a du charme, avec son enfilade de pièces sombres qui mènent jusqu’aux toilettes et douche personnelle de la propriétaire ! Je téléphone au gîte pèlerin de La Souterraine pour réserver la nuit de ce soir. Nos deux compagnons de l’accueil d’hier soir, l’Allemand et la Réunionnaise, vont y passer la nuit. Le reste du village de la Chapelle-Baloue présente une alignée de maisons fermées. Encore de nombreuses maisons à vendre, qui n’attendent que la clientèle étrangère pour reprendre vie ! Une minuscule boulangerie propose deux pains et une  tourte aux pommes de terre. Un mets très apprécié dans la région,  parait-il. Une vieille femme courbée, à la longue chevelure grasse et clairsemée, poivre et sel, me répond d’une bouche mi chicots noircis, mi édentée qu’elle ne peut la couper en deux. Je n’ai pas envie de trimballer cette grosse tourte. Je me contente d’acheter un paquet de petits-beurre qui feront mon repas de midi. Rita finira un fromage de chèvre qui vieillit depuis plusieurs jours dans son sac. 

Sur un large chemin pierreux arrive bientôt à notre rencontre un couple un peu âgé, bras dessus-dessous d’un côté, cannes à la main de l’autre. Monsieur et Madame nous vantent la tranquillité de cette campagne paisible. « Ce n’est pas comme la ville, pleine de bruits et dangereuse » affirme la dame, contredite par Rita qui défend la vie parisienne qui est la sienne. « Mais vous allez voir, ça finira mal... »  prédit la dame, évoquant attentats et risques de guerre. Ce qui met soudainement en fureur son mari, qui agite frénétiquement sa canne : «Ça suffit,  je te défends de parler de ça, tu m’entends ? ». Je crains que la canne  atterrisse sur le crâne de l’épouse. Nous dévions la conversation sur les spécialités culinaires locales. Le couple nous livre alors la recette précise de la tourte aux pommes de terre : « pâte feuilletée, pommes de terre déjà un peu cuites et coupée en rondelles, de la crème fraîche, des herbes, quelques cuillerées de chair à saucisse, mais ce n’est pas obligatoire, une seconde couche de pâte feuilletée, et, hop,  au four. Un délice ! », assure le couple réconcilié. Nous zigzaguons parmi les hameaux, entre champs déjà labourés, prairies encore très vertes, chemins pierreux, herbeux et petites routes, nous retournons pour apercevoir le château caché de Saint-Germain Beaupré. Le clocher de l’église de Saint-Germain Beaupré est  curieux, avec sa tour de pierre à multiples facettes, surmontée d’une toiture ronde, elle-même couverte d’une flèche  et d’un toit supplémentaire. Un coq couronne le tout. Mais c’est sur la place de la mairie, sur les chaises en plastique installées devant un café fermé que nous faisons une pause. En face de nous, un poilu, peint tout de bleu clair, monte la garde du haut de son monument aux morts.Nous ne trouvons pas le chemin balisé, la coiffeuse nous indique la route vers Saint-Agnant-de-Versillat. Au bout d’un moment, je sors la carte du guide Chassain qui nous permet de retrouver la signalétique défraîchie un peu avant Les Chassagnes. Nous passons un peu de temps sur une « aire pèlerine » où fauteuils sculptés dans des troncs et livre d’or caché dans une boîte de bois s’offrent dans la forêt. Puis c’est la descente vers la Souterraine, direction la gare. L’office de tourisme nous délivre un plan de la ville. La dame d’un certain âge qui nous reçoit est enchantée que nous soyons munies du fameux guide Chassain, le meilleur à son avis. C’est également le mien. Elle avertira que le balisage est minable, « mais l’association jacquaire, par ici, ça n’est vraiment pas son problème », soupire-t-elle. Rita et moi allons réserver notre billet de train, et sommes surprises de trouver dans la gare la Réunionnaise, qui regarde d’un œil pensif les horaires des trains en partance. « Vous voulez aller où ? » questionne Rita. « Je ne sais pas » avoue la pèlerine. Elle nous a expliqué hier soir qu’elle s’est donnée  trois années pour découvrir le monde. Elle était en Asie au début de l’année, en Amérique Centrale cet été.  Quels événements, ou quel trait de caractère, peuvent ainsi pousser une personne à se détacher aussi longuement de son pays pour une errance solitaire, ballottée dans direction précise, semble-t-il ? Mystère.

Rita et moi continuons jusqu’au « Coucher de soleil », bien en dehors de la ville. Et là, commence la plus drôle des soirées. Le feu d’artifice de notre paisible marche. Trois semaines après mon retour, je ris encore de notre participation au charivari ambiant.

Dès l’entrée dans la longue maison, Rita crie bien fort : « On dépose juste nos sacs, on sortira nos credentials en revenant, il faut que l’on retourne en ville visiter l’église ». Un peu surprise de tant de nouvelle piété, je ne pipe mot pendant que Claudine, notre hôtesse, tout sourire, insiste pour d’abord nous installer dans notre chambre. Nous montons à l’étage, traversons à sa suite le dortoir où s’agitent plusieurs pèlerins. Notre traitement de faveur, une chambre à deux lits fort joliment décorée, est dû à mon coup de téléphone de ce matin. Nous avons été les premiers à réserver, confie notre hébergeuse. Après nous être rapidement rafraîchies, nous trouvons Claudine, déjà installée au volant de sa voiture, qui nous explique qu’elle a téléphoné à la paroisse. « L’heure d’ouverture de l’église est dépassée,  mais j’ai obtenu qu’elle reste ouverte pour vous » confie-t-elle avant de nous déposer à un carrefour. Surprise par l’affluence de pèlerins arrivés sans avoir prévenu, elle doit faire quelques courses. Rita et moi passons sous l’ancienne porte qui clôt le centre médiéval de la ville, et ma compagne, toute guillerette, m’annonce qu’on va à la recherche d’une tourte aux pommes de terre. Elle est attendue à l’arrivée du train, demain,  par des amis. « Je ne peux arriver chez eux les mains vides", m’assure-t-elle. C’était bien louche, ce pieux engouement soudain et j’ai ainsi la réponse à ma question muette. Je refuse net : « on va à l’église, nous sommes attendues ». Une longue table d’accueil des pèlerins est encore installée dans le narthex. Nous faisons un tour rapide de l’édifice, bientôt rejointes par l’hospitalier de service, trop content de se mettre sous la dent deux femmes passionnées de culture religieuse ! Nous avons donc droit à moult explications et à l’ouverture de la crypte à laquelle on accède par l’extérieur de l’église Notre-Dame. La pèlerine réunionnaise, traînant sur la grande place, aperçoit notre trio et s’enfonce avec nous dans l’inquiétant dédale du sous-sol humide, où une passerelle métallique permet de traverser une mare stagnante. Mal à l’aise, je parcours plus que rapidement les lieux, pressée de retrouver l’air libre. Je ne ressens pas ici l’éblouissement et l’émotion qui m’ont surpris dans la crypte de l’église de Gargilesse, il y a quelques jours. Notre guide continue son accompagnement en regrettant que les travaux de rénovation du lieu traînent, par manque de budget et de ferme volonté. Nous sommes conviées à noter sur le calepin recensant les pèlerins de Compostelle, nos noms, prénoms, âge, provenance, destination.  Je ris de nouveau sous cape  en tendant le cou pour voir quel âge  va noter Rita dans le carnet : 70 ans. Elle a toujours essayé de le cacher, mais un regard indiscret alors que nous devions présenter nos cartes d’identité pour être enregistrées dans un autre lieu, m’avait fait apercevoir son année de naissance : 1941. Quelle coquetterie amusante et touchante ! Nous quittons notre guide en le remerciant chaleureusement. Rita peut enfin, juste à temps, se précipiter  chez un traiteur et y trouver la fameuse tourte à la pomme de terre. Le centre-ville de la Souterraine a du charme, avec sa grande place Saint-Jacques et les ruelles en pente avoisinantes. Le soir commence à tomber alors que nous retournons dans notre campagne. 

Au « Coucher de soleil » c’est l’heure de se mettre à table. Nous sommes invités à nous présenter : En face de moi, Rita, le grand Allemand rencontré hier, un couple de jeunes Belges flamands qui, en guise de voyage de noces, est en marche vers Compostelle. En bout de table, un jeune homme discret aux longs cheveux, passé là au printemps alors qu’il marchait vers Santiago, a effectué jusqu’ici le chemin de retour et est accueilli dans ce gîte chaleureux où il réside maintenant en échange de quelques services. De mon côté, la Réunionnaise, un Tchèque très brun et expansif,  de retour de Compostelle en vélo et François, le pèlerin wallon aux longs cheveux blonds, aperçu ce matin. Je ne me souviens plus du repas servi, soupe, pommes de terre et lamelles de poulet en sauce, peut-être. Mais ce qui me reste, c’est la bouteille de vin que François a installé devant son assiette. « Mais non, servez-vous du vin en carafe, il y en a, vous savez » indique Claudine. « Non, c’est mon anniversaire, nous la partagerons », décline le blond pèlerin. La conversation  sur des sujets anodins se poursuit gaiement en français, allemand, anglais, tandis que Claudine sort de son congélateur un gâteau creusois sur lequel elle plante au hasard quelques bougies entamées et des sujets fantaisie, mini sapins plastifiés, hache de bûcheron et feuilles de houx. On va bientôt se croire à  Noël ! Nous entonnons en un chœur bruyant, à défaut d’être juste, des Happy Birthday et Joyeux Anniversaire tandis que François souffle les bougies, l’air heureux. Entraînée par l’euphorie du moment, Rita entame « Il est des nôtres, il a bu son verre comme les au-autres ». C’est bien la première fois que je l’entends chanter et je l’accompagne discrètement. La chanson à boire fait mouche, notre hôtesse propose à chacun d’interpréter une chanson typique de son pays. L’Allemand, puis le couple de jeunes Flamands s’exécute. Le jeune résident passe son tour, la Réunionnaise  chante plaisamment de son accent exotique et laisse la place au Pragois. Il nous explique qu’à la fin de chaque couplet, nous devons accompagner le refrain en tapant bruyamment de nos deux mains sur la table. Nous nous exécutons tous vigoureusement, à faire trembler la maison. Jusqu’à ce que le Tchèque plante ses yeux dans ceux de l’Allemand qui lui fait face et annonce « je vais expliquer le texte de la chanson, contre l’Allemagne, avec qui nous avons toujours eu des problèmes ». Le pèlerin allemand a la délicatesse de ne pas relever l’attaque, mais l’ambiance se rafraîchit d’un coup et nous passons au règlement de notre demi-pension. 29 €, tout à fait justifiés !  Je m’aperçois alors que mon voisin, François, avance un paiement pour deux personnes. Il offre la nuitée au Tchèque indélicat qui le remercie d’un signe de tête. Quelle sympathie, quelles raisons peuvent ainsi pousser un pèlerin à offrir un tel cadeau alors que lui-même, nous en avons eu la preuve ce matin même, dort parfois à l’extérieur, et, il nous l’apprendra le lendemain matin lors du petit déjeuner, est sans emploi et a des enfants à charge ?

Rita et moi peinons à trouver le sommeil. Nos réveils sonneront à 4 h 30. Notre train part à 6 h 07.

La sonnerie de mon portable me tire du sommeil.  Rita, qui a installé son réveil elle ne sait plus où, le laisse sonner un temps infini. De quoi réveiller tout le dortoir voisin ! Nous essayons d’être un peu plus discrètes pour le traverser et descendre dans la salle du petit déjeuner. Effaré, le couple de jeunes Flamands, serré dans un canapé, se lève d’un bond. « On est descendus, on ne pouvait pas dormir, avec le ronflement ! », justifie-t-il. On croit sans peine les deux jeunes gens, ayant été les auditrices, à Crozant, d’un concert nasal très sonore provenant du grand Allemand. « Allez dans notre chambre, vous pourrez y finir la nuit tranquillement », conseillons-nous aux deux jeunes mariés, qui montent, enveloppés dans leur drap. Nous rions de bon cœur. Et plus encore quand nous voyons arriver François, yeux bouffis et démarche chancelante : « j’ai entendu du bruit et je me suis dit que ça devait l’heure de se lever ». Bien qu’un peu honteuses de notre manque de discrétion, nous pouffons encore. Puis devenons attentives quand François nous parle de la perte de son emploi de maraîcher, de son rêve d’avoir sa propre exploitation, de l’émerveillement qu’il a ressenti en traversant les grands espaces de la Creuse où il aurait la place de s’installer, les terrains en Belgique étant trop petits et trop chers, et de l’impossibilité pour lui de quitter son pays, où il a ses enfants. Le chemin de Compostelle lui apportera-t-il une réponse à ses interrogations sur son futur ? Nous le lui souhaitons ardemment.

Epuisées, enchantées et émues par cette soirée et cette nuit agitées, nous nous endormons dès le départ du train.

Nicole, 24 octobre 2015
 

Septembre 2015 - Le camino del Norte d'Alain Humbert
Alain, heureux de son arrivée à Santiago




Cette année encore j'ai repris le Chemin, celui du nord cette fois. J'avais pour projet de couvrir les 550 km qui séparent Biarritz de Gijon. Ce soir, 23 septembre, c'est mission accomplie et j'ai rejoint Santiago par le bus pour y passer 2 jours. J'ai été vraiment gâté par la météo car c'est sous un ciel tout bleu que j'ai découvert ces merveilleux paysages de la côte espagnole.

Janvier 2015 - Si l'on parlait de ceux qui ne partent pas !!!

Drôle de titre pour un site internet dédié au « CHEMIN », à la marche. Et pourtant, derrière le pèlerin qui s’élance, il y a souvent un époux, une épouse, des enfants, des parents, bref une famille qui reste.

Comment vivent-ils cette absence qui est à la fois un défi, une forme d’égoïsme voire un genre de …vacances ?

Pour moi : c’est mon époux qui avait rêvé se rendre à Saint-Jacques au moment de sa retraite.

Donc nous voilà embarqués dans les préparatifs, les rencontres avec l’association,  les conseils que l’on note soigneusement. Je suis partie prenante : contente de le voir réaliser cette expédition. Avec lui je regarde les livres, note les haltes, puis ce sont les vêtements que l’on achète ensemble. Nous faisons et refaisons le sac, nous pesons le tout, nous faisons des listes, et nous devenons des habitués des magasins de sports.

Pendant qu’il s’entraîne, je lave, je couds, je vérifie, je me renseigne. Il y a une effervescence dans la maison, coup de fil des enfants, de la famille. Pour certains c’est un bravo, pour d’autre je suis tout simplement folle de le laisser partir seul.

Et puis le grand jour arrive, un au revoir rapide et voilà « l’homme de ma vie » qui prend la route, la tête déjà là-bas.

Et moi, je reste au milieu de ma grande maison, les bras ballants, n’ayant plus trop de but. Je tourne un peu en rond avec l’impression d’être parfaitement inutile. Il faut que je me secoue, je ne vais pas rester avec cette sensation de vide pendant deux mois, donc il me faut un but. Je vais entreprendre le rangement d’un petit grenier, dans ce dernier un tas de choses  « qui risquent d’être utiles » mais qui n’ont jamais servi !

Forte de cette résolution, j’attaque par le ménage courant et pars faire des courses, et là, je découvre les personnes de mon village très intéressées par le pèlerinage, posant des questions, demandant de transmettre un message au « pèlerin » devenu un peu le leur. Puis c’est une foule de questions, de pourquoi. J’essaye de répondre, d’expliquer et de jour en jour, de fil en aiguille, on m’invite pour un petit repas de midi, puis une soupe que je partage le soir. Chacun a à cœur de ne pas me laisser seule. Un petit exemple parmi tant d’autres : Un soir vers 22 heures coupure de courant, me voilà plongée dans le noir, je ne suis pas douée avec les disjoncteurs et . . . le nôtre est au sous-sol. J’en suis là de mes réflexions lorsque l’on tape à ma porte : C’est le voisin de la villa d’à-côté qui gentiment me dit : « Surtout ne vous affolez pas et ne touchez à rien, c’est une panne de secteur, l’électricité sera rétablie cette nuit, ça va aller ? Bon, bonne nuit ».

Les jours se suivent : on vient me dire un petit bonjour, on me téléphone, on s’inquiète de moi. Les invitations succèdent aux invitations, mes journées sont occupées à rendre différents services, à un peu de marche car je vais prendre des kilos.

C’est ainsi qu’arrive le moment ou je dois aller chercher mon pèlerin à Santiago en voiture. De nouveau le cri des amis : « Tu vas faire 2000 kms toute seule en voiture ? ». Alors arrivent les conseils : reste sur l’autoroute, fais cela en 2 ou 3 étapes, on me donne des adresses d’hôtels, on me fait un plan de route, j’ai la sensation d’avoir 15 ans et des parents inquiets de me lâcher, c’est tellement gentil de la part de tous.

Enfin ! Je prends la route direction : Saint-Jacques de Compostelle, et là, toute seule je réalise que sans avoir marché sac au dos, j’ai fait un chemin d’entraide, un chemin de gentillesse, un chemin d’échanges, en un mot un chemin d’amitié, et finalement, tout un village a marché avec mon époux.

Le regard que j’ai sur certaines personnes de mon entourage ne sera plus jamais le même.

Enfin une dernière petite chose :  Le grenier n'est toujours pas rangé!

Michèle 


Année 2014
Gilbert et Colette Monnier
La marche généreuse de Colette et Gilbert Monnier 

1400 km de Chaux dans le Territoire de Belfort jusqu'à Roncevaux pour récolter des fonds contres les maladies.

Si vous souhaitez vivre un peu de l'aventure de Colette et Gilbert, cliquer sur http://www.mairiedechaux.fr/  et vous trouverez les trois diaporamas qu'ils ont réalisés  sous la rubrique " Défi Compostelle 2014". (Attention, les diaporamas ne s'enchaînent pas, il faut cliquer pour relancer le diaporama suivant).

Novembre 2014 - Conclusion du "défi Compostelle"
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Mon Chemin vers Compostelle - Récit en 4 parties
Marie Jeanne, Gaby et Alain Humbert
"Avec un couple d’amis de toujours, Marie Jeanne et Gaby, nous avons décidé en 2010 de « faire » le Chemin de Compostelle. Compte tenu des contraintes de chacun, nous avons opté pour réaliser le parcours sur 3 ou 4 années".

Voici le texte et les photos du pèlerin Alain Humbert

Le PUY/FIGEAC - 1ere partie - septembre 2011
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FIGEAC/RONCESVALLES - partie 2 - septembre 2012
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RONCEVAUX/LEON - Partie 3 - septembre 2013
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LEON/SANTIAGO et CABO FISTERRA - 4ème partie - septembre 2014
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Actualité
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Pose du panneau aux Tilleroyes à Besançon
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